Analyse d'un genre tranchant : le slasher
Slasher : sous-genre du film d'horreur mettant en scène un tueur psychopathe muni d'une arme blanche (et très souvent totalement irrationnel) massacrant méthodiquement (et avec une inventivité des plus sadiques) de jeunes adolescents de la classe moyenne américaine s'intéressant en grande partie au sexe et à la drogue. Bah oui, faut avouer que ça a l'air très con. Mais voilà, des types comme John Carpenter ou Wes Craven s'y sont sérieusement intéressés et nous ont livré quelques uns des plus beaux fleurons du cinéma d'horreur. C'est pourquoi un petit tour d'horizon de ce genre trop souvent mis de côté s'impose.
On ne connaît pas très bien l'origine du slasher. Certains l'associent au "Psychose" d'Hitchcock, d'autres au giallo (autre sous-genre du ciné d'horreur, d'origine italienne, le giallo est un cinéma privilégiant le gore outrancier) et d'autres encore à "Black Christmas", film d'horreur canadien réalisé par Bob Clark. Ce qui est sûr, c'est que le véritable départ de la déferlante à l'arme blanche se fera avec le "Halloween" de Carpenter. Tueur au couteau de boucher sans âme apparente, jeunes débauchés massacrés à la pelle et héroïne faisant figure d'enfant-sage qui parvient à survivre. Les codes du slasher sont nés et les années 80 verront fleurir le genre.
Outre les nombreuses suites, de qualité très diverses, données au film de Carpenter (8 à ce jour, une des suites se permettant même d'utiliser un autre tueur n'ayant rien à voir avec le terrible Michael Myers), les deux grandes séries qui marqueront le genre dans les années 80 sont bien sûr les "Vendredi 13" mettant en scène Jason Voorhes, le psychopathe à la machette, et "Les Griffes de la Nuit", la grande trouvaille de Wes Craven qui raconte comment des jeunes d'une petite banlieue américaine se font massacrer durant leur sommeil par un homme au visage brûlé et aux rasoirs affutés. Si "Halloween" privilégiait la suggestion, les deux autres séries se mettront au goût du jour en employant des litres de sang à travers des meurtres de plus en plus étranges (Tom Savini, l'expert des effets gores s'attelant aux trucages du premier "Vendredi 13"). Dans les années 2000, Freddy et Jason se retrouveront même pour une lutte ultra-sanglante mais plus humoristique que vraiment effrayante ("Freddy vs Jason" de Ronny Yu).
Au début des années 90, le slasher commence à s'essouffler. Les suites se font trop nombreuses (8 pour "Halloween", 9 pour "Vendredi 13" et 6 pour "Les Griffes de la Nuit") et le genre est en manque d'inspiration même si le 7ème épisode des aventures sanglantes de Freddy Krueger relance un peu la machine au milieu des années 90. Normal, Wes Craven est à la réalisation. C'est d'ailleurs lui qui relance le genre en 1996 avec "Scream" qui comptera deux suites, de nombreuses parodies (les "Scary Movie") et divers ersatz qui n'arriveront jamais à égaler leur modèle ("Souviens-toi...l'été dernier", "Urban Legend", ...). La recette n'a pourtant pas changé, Craven mettant à nouveau en scène des ados poursuivis par un tueur au masque terrifiant. Du gore, du second degré (pas toujours présent dans le genre mais pratiquement indispensable au vu de la faiblesse des enjeux et de la critique sur une jeunesse dépravée) et des actrices ultra-sexy (Neve Campbell), le réalisateur des "Griffes de la Nuit" se pose comme le véritable spécialiste du genre.
Enfin, dans les années 2000, c'est tout ou rien. Exit les suites, place aux remakes ou autres préquelles inutiles et sans saveur (les remises au goût du jour de "Vendredi 13" et "Les Griffes de la Nuit" se révèlent particulièrement désastreuses). Mais à côté de ça, certains cinéastes se permettent de changer quelque peu la recette du slasher. C'est ainsi que James Wong, en l'an 2000, réalise "Destination Finale". Cette fois-ci, le tueur est tout simplement incarné par la Mort elle-même et les meurtres sont des plus inventifs. On oubliera évidemment pas l'exceptionnelle contribution de Quentin Tarantino au genre. Avec son "Boulevard de la Mort", Tarantino réalise deux films en un : la première partie est un véritable slasher à la sauce tarantinienne bien sûr et la seconde partie du film se permet un changement radical en transformant le tueur en victime. Et puis, utiliser une bagnole de cascade pour commettre ses meurtres, c'est quand même sacrèment classe.
En quelques décennies, le slasher aura changé la face du ciné d'horreur. En popularisant le gore et le systême de suites (pas forcèment un bon point pour le coup), c'est une partie du cinéma pop-corn qui est naît. Des films les plus flippants au gros délire régressif et transgressif, l'apport de ce sous-genre au 7ème art est tout simplement inestimable.