Quentin Tarantino : décryptage d'un style, 2ème partie
Suite et fin de ce dossier consacré à Tarantino, court, certes, au vu de l'ampleur du personnage, mais qui aura, je l'espère, éclairci un minimum les fans et moins fans de ce réalisateur hors-norme.
Le monde dans lequel évolue les personnages de Tarantino est la définition même de la réalité, de tout ce qu'il y a de plus normal. A tel point que le réalisateur dépasse les bornes du réalisme pour atteindre un hyperréalisme lui permettant d'apporter un regard tout neuf sur le paysage urbain californien et ses centres commerciaux, ses cafés, ses motels ou encore ses garages de voitures d'occasion. L'Amérique selon Tarantino se retrouve dans le moindre élément : un Burger King, une cadillac, une station service, ... Le réalisateur sacralise, en quelque sorte, cet univers qui nous semble si familier (en se plaçant du point de vue américain bien sûr même si, en tant qu'européens, on ne peut pas dire que ce monde nous soit totalement étranger...). Cette sacralisation du banal explique, dans un sens, le fait que la réalité américain a précédé le grand écran. En Amérique, le cinéma est partout, est pas seulement dans les salles destinées à projeter des films. C'est le lieu du possible et non du réel où les hommes et les femmes y avancent incertains, à la rencontre d'un destin qu'ils ignorent. Tout est possible parce que rien n'est fixé d'avance.
Tarantino s'efforce de créer des personnages et de raconter des histoires sans s'intéresser à leur sens, il écrit surtout des histoires qui l'intéresse personnellement. Le spectacle et l'action prennent la forme privilégiée de dialogues et de monologues tant et si bien que les personnages sont libres de s'exprimer, de se confronter, de se mettre d'accord ou de s'éliminer mutuellement. D'une certaine façon, dans le style d'écriture de Tarantino, ce sont les protagonistes eux-mêmes qui déterminent le dialogue. Le metteur en scène les fait parler et note ce qu'ils disent. Ils peuvent ainsi parler pendant dix minutes de Madonna, de Coca-Cola ou de macaronis au fromage, exactement comme dans les conversations que l'on entend dans la vie réelle. Là où Tarantino reste le maître incontesté, c'est dans sa façon de raconter une histoire. En écrivant des scénarios élaborés et qui ont subi une distorsion temporelle, le réalisateur entend avant tout réarranger l'ordre dans lequel il a décidé que le spectateur devait obtenir l'information. Il aime jouer avec la structure de ses films.
Pour terminer en beauté cette analyse, il serait intéressant de traiter la question très controversée de la violence dans les films de Tarantino. Le réalisateur a toujours refusé les critiques relatives à une exaltation de la violence car, selon lui, la violence portée à l'écran n'est pas la violence réelle. Cependant, le réalisateur prend un plaisir fou à regarder la violence et à élaborer des scènes violentes dans ses propres films (il a même établi un classement de ses scènes de fusillades préférées). Si le réalisateur refuse toute responsabilité sociale, il assume en revanche la responsabilité artistique qui relève de sa fidélité envers ses personnages : si ce sont des tueurs implacables, ils doivent se comporter d'une certaine façon. Tarantino reconnaît qu'il ne fait pas de violence de type dessins animés (par exemple, dans "L'Arme Fatale") et que la sienne est plus dérangeante, plus dure et rude. C'est d'ailleurs le but du metteur en scène que de déranger et la violence est un moyen pour y parvenir. Pour lui, elle est amusante, very funny, cool. Elle est partie intégrante du monde et il s'inspire, dans ses films, du mal qu'elle cause dans la vie réelle. Il s'agit souvent d'un acte absurde, presque digne d'une bande-dessinée, mais qui a lieu.
Voilà, un petit aperçu rapide et résumé de la richesse incroyable de l'oeuvre de Tarantino qui n'est pas seulement, selon ses détracteurs les plus pauvres en arguments, un recycleur. Quentin Tarantino fait du cinéma, et il le fait bien.
