Quentin Tarantino : décryptage d'un style, 1ère partie

Apparu au début des années 90 à travers le cultissime "Reservoir Dogs", Quentin Tarantino fait figure de véritable icône de la culture de masse et est, en même temps, un véritable amateur de courts-circuits temporels. Cinéaste touchant à la fois un public populaire et un public cultivé, Tarantino mélange art et consommation, passé et présent. Dans "Reservoir Dogs" par exemple, la scène d'ouverture nous montre une bande de gangsters polémiquant sur le sens de la chanson "Like A Virgin". En tant qe simple consommateur, on pourra s'amuser de ce clin d'oeil à la culture musicale des années 80 mais on pourra aussi s'amuser à décortiquer les mécanismes de la culture de masse. Le croisement d'ancien et de nouveau se retrouve par exemple dans "Pulp Fiction". La serveuse, sosie de Marylin Monroe, rappelle la Marylin d'Andy Warhol dans ses célèbres toiles. A l'image de ce dernier, Tarantino tente de redorer le vieux en l'immergeant dans la culture de masse. Qualifié de "recycleur" par ses détracteurs, il est tout de même amusant de voir que Tarantino est sans conteste le réalisateur le plus copié des années 1990-2000, que ce soit à travers les films de Guy Ritchie ou le récent "Bons Baisers de Bruges". Dans tout ces films, des gangsters et autres malfrats sont filmés dans leur quotidien et on des conversations touchant aux sujets les plus divers.

Tour à tour acteur, scénariste, producteur, metteur en scène et parfois même distributeur, Tarantino conserve son originalité propre. Sa filmographie (surtout à ses débuts) reflète d'une façon criante sa biographie. Le personnage de Clarence dans "True Romance" (réalisé par Tony Scott mais écrit par Tarantino) évoque des moments précis de la vie du cinéaste. Le personnage de sa mère, figure de la femme forte qui l'a élevé toute seul revient très fréquemment dans l'oeuvre du réalisateur et ce n'est pas pour rien si Tarantino donne une place aussi importante à la gente féminine dans ses films alors que le point de vue est celui d'un homme. La figure du père absent est aussi très présente ("True Romance", "Pulp Fiction" avec le personage de Bruce Willis). On retrouve même, dans "Une Nuit en Enfer" (réalisé par son ami Robert Rodriguez mais là aussi, écrit par Tarantino), la représentation de sa phobie des rats à travers les vampires, plus répugnants que séduisants comme le voudrait le mythe. Cependant, ce qui transpire le plus de ses films, c'est sa passion pour le cinéma. D'une conversation entre filles sur les films de bagnoles dans "Boulevard de la Mort" à la célèbre tirade de Bill sur Superman en passant par des références innombrables comme celle de Lee Marvin ("Reservoir Dogs"), une parodie de film sur la guerre du Viêtnam ("True Romance") ou encore la large inspiration prise sur le film de Kubrick, "L'Ultime Razzia" avec ses jeux temporels que l'on retrouve par exemple dans "Pulp Fiction" ou "Jackie Brown", Tarantino aime le cinéma et ce là se ressent tout au long de sa carrière.

Pour Tarantino, c'est le réalisme à outrance qui est perçu comme absurde et c'est la vie réelle qui est absurde dans son apparente normalité. Tout les personnages de ses films discutent de choses et d'autres, de musique, de cinéma, de hamburgers, de sexe, car ce sont des choses que tout le monde comprend. Le moindre spectateur a une opinion sur le sujet car c'est un langage que tout le monde parle, celui de la société de consommation. La culture du cinéaste est cependant avant tout américaine (voir l'étonnement de Travolta dans "Pulp Fiction" lorsqu'il parle de la nourriture en Europe. On sait de plus que Tarantino a fait un long séjour aux Pays-Bas) car c'est parmi elle que Tarantino a grandi. Cette culture s'insère dans une méfiance typiquement américaine du trop grand et de l'absolu et se mêle très souvent à un laïcisme exacerbé là où les européens se fixe un but qui se transforme rapidement en obsession. On se pose et on se repose devant un Tarantino car malgré la violence visuelle, on prend plaisir à voir évoluer ces personnages qui nous ressemblent tellement et qui se permettent tout ce que nous, pauvre spectateur, rêvons de faire. De plus, les personnages de Tarantino agissent toujours avec classe, tant pis pour la morale.

Fin de la première partie de ce dossier, en espérant vous avoir un peu éclairci sur le génie tarantinesque tout en essayant de résumer la richesse de son style.
Marsellus
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