Huit fois debout
Date de sortie cinéma : 14 avril 2010
Réalisé par : Xabi Molia
Avec : Julie Gayet, Denis Podalydès, Constance Dollé,...
Français, 1h43
Elsa vit de petits boulots et essaie de décrocher un véritable emploi, afin de pouvoir assumer la garde de son fils. Mathieu, son voisin de palier, enchaîne, lui aussi, les entretiens d'embauche avec un art consommé du ratage. Bien qu'étant dans une situation de plus en plus précaire, tous deux cherchent à rebondir dans un monde qui ne semble pas fait pour eux. " Sept fois à terre, huit fois debout " ?
Dès le générique, on se sent ailleurs, détaché d'un cinéma français comique qui ne nous surprend plus forcèment depuis quelques années déjà. A la manière du ciné indé américain, le générique de "Huit fois debout" nous glisse tout doucement dans le monde des deux marginaux tenant la tête d'affiche. Un monde où l'une ne finis jamais ce qu'elle entreprend et où l'autre ne semble pas véritablement fixé par ce qu'il veut faire de sa vie. Deux personnages hors de notre société actuelle, voués à ne pas trouver leur place et à se croiser indéfiniment dans un monde qui ne prend plus en compte le nomadisme de l'être humain. Le sujet, grandiose, est doté d'un potentiel hors du commun qui secoue littéralement les bases de notre bon cinéma franchouillard. Xabi Molia, dont il s'agit ici du premier film, n'aura au final laisser que quelques minutes au spectateur pour s'amuser. Car très vite, l'histoire connaît des rebondissements qui la font basculer dans le drame humain. Drame certes, mais pas misérabiliste. Et quand on traite du chômage et de la précarité social en France, celà relève du véritable exploit!
Julie Gayet, merveilleuse dans son rôle de mère à la fois perdue et excentrique, est la véritable héroïne du film. Elle est le centre de l'histoire et Denis Podalydès fait figure d'électron libre tournoyant autour de l'actrice dans le seul but de conserver son esprit vagabond parmi le monde des vivants. Hormis le générique, Molia semble très influencé par la nouvelle génération de cinéastes américains (Jason Reitman, Sam Mendes et son récent "Away We Go", Alexander Payne, ...). La façon de filmer les autoroutes à travers le regard d'un gosse collé à la vitre, les déambulations hasardeuses de l'actrice principales dans un monde à la fois magique et mélancolique et les seconds rôles haut en couleur (le cousin chanteur dans une chorale qui élabore des jeux de rôles à la Star Wars), tout celà se retrouve dans beaucoup d'oeuvres d'outre-Atlantique filmées dans les années 2000. Une inspiration juste car la mise en scène de Molia s'accorde totalement avec le sujet.
Drôle, cynique, touchant, "Huit fois debout" fait figure de véritale OVNI dans la production française actuelle. Un OVNI rafraichissant qui touche à un sujet de premier plan. Le portrait d'Elsa, femme entre deux âges qui cherche le bonheur en essayant de s'insérer dans une société qui ne lui convient pas, est admirable, bien soutenu, il faut bien le dire, par la perf éblouissante de Julie Gayet. En cassant la mauvaise image du chômeur proné par une société de la performance, Molia se contente de nous montrer que ce monde là n'est pas fait pour tout le monde et que le bonheur ne se trouve pas forcèment sur le chemin balisé de nos vies d'aujourd'hui. Pour comprendre, il faut s'en écarter et "Huit fois debout" et l'histoire de personnages qui chutent ici sept fois, pour enfin se relever ailleurs. Magique.
8/10