La Guerre du Feu
Date de sortie cinéma : 16 décembre 1981
Réalisé par : Jean-Jacques Annaud
Avec : Everett McGill, Rae Dawn Chong, Ron Perlman,...
Français, 1h35
A l'époque de l'âge de pierre, trois guerriers d'une tribu d'homo sapiens partent à la recherche du feu, élément magique vénére mais redouté, objet de convoitises et de luttes pour la survie de l'espèce.
"La Guerre du feu" est aussi l'histoire d'un homme empêché dans sa volonté de pourvoir à la survie des siens par un ennemi intérieur qui se nomme l'amour. Il passe des rapports de dominance à un rapport émotionnel.
Un défi. C'est la seule véritable façon de qualifier le projet "La Guerre du Feu". Mettre en scène les aventures d'une bande d'homo sapiens crachant quelques semblants de paroles dans un monde dominé par la violence et la maîtrise du feu, il fallait oser. Annaud l'a fait et plutôt bien en plus. Car, non content de déjà devoir mettre en scène cette orgie préhistorique parfois assez crue, le réalisateur de "L'Ours" (autre défi qui viendra plus tard dans la carrière du cinéaste) se permet un point de vue presque anthropologique avec des acteurs déguisés en hommes préhistoriques des plus originaux! Curieux, aguicheur presque, le postulat de départ semble irréalisable mais "La Guerre du Feu" est la preuve sur pellicule que tout, mais alors vraiment tout est possible dans le monde du 7ème art. Rapide critique de ce véritable OVNI inclassable et indémodable.
Filmer une vingtaine de types qui se mettent sur la tronche grimés en échappés de la Planète des singes et tout ça, dès le début du film, Annaud a vraiment mis les pieds dans le plat d'entrée. Miracle, on ne se moque pratiquement jamais (quelques sourires déplacés par ci par là mais on pardonnera vite au cinéaste français du fait de l'ardeur de la tâche) et le tout est magistralement orchestré par une mise en scène presque documentaire. Les acteurs (dont on retiendra surtout Ron Perlman au vu de sa très bonne tenue de carrière par la suite et de sa trogne monumentale) assurent un boulot pas forcèment simple mais pas forcèment délicat non plus. Faire le singe, ça demande de l'entrainement. Interpréter de manière irréprochable, ça demande du talent. Oscar du meilleur maquillage? Rien à redire. Annaud multiplie peut être allègrement les races les plus diverses (assez louche tout de même...) et s'autorise quelques excès assez risibles (les dents ajoutés sur les lions, ça a quand même beaucoup de mal à passer...) mais les hommes préhistoriques sont crédibles jusqu'au bout.
Dans le fond, Jean-Jacques Annaud aurait pu se contenter d'observer ces hommes primitifs dans leur milieu naturel. Mais nous sommes au cinéma, et il faut des choses pour faire qu'un film est un film. Soit une espèce d'amitié se nouant entre trois des rescapés du début, des scènes au ton presque divin (les mammouths qui ont une réaction des plus bizarres), des bastons violentes avec gros enjeux dramatiques et surtout, l'amour avec un grand A puisque le réalisateur, outre le fait de nous montrer une bonne poignée de scènes culs archaïques, s'autorise l'apparition de sentiments entre homo ché plus trop quoi (y me semble que le mélange était impossible à l'époque mais, passons) et homo ptete sapiens. On aime ou on aime pas, mais au final, on est tout de même heureux que le cinéaste n'ait pas oublié qu'il filmait des acteurs professionnels et que le but est aussi d'offrir au public sa part d'émotions. D'un point de scientifique, le film repose tout de même sur un roman de 1911 et les vérités préhistoriques ne semblent pas être véritablement à l'ordre du film. Annaud aura réussi l'impensable avec un certain panache. En omettant la véracité des détails et en soignant le principal, il parvient à livrer une oeuvre divertissante, ludique et touchante, vision épique d'une époque révolue. A voir pour le croire.
7/10